24 octobre 2017  - Digital Learning
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Gamification : quelles bonnes pratiques à mettre en œuvre dans sa formation ?

La gamification, ou ludification, a toutes les apparences de la nouvelle tarte à la crème de la formation professionnelle. Tout le monde a ce mot à la bouche. Ce serait l’impératif absolu d’une formation digitale réussie. Qu’en est-il réellement ?

Quel est le rapport du jeu avec l’apprentissage ?

Pour chacun d’entre nous, à première vue, le jeu et l’apprentissage sont deux choses totalement opposées, tant nous avons été conditionnés pendant des années par la phrase rituelle : « Finis tes devoirs ! Tu pourras jouer après. ». Il est vrai que le temps du jeu dans notre vie est plutôt l’enfance. Justement, ce temps est aussi celui de l’apprentissage. Même si on les oppose, il y aurait donc bien un lien entre ces deux activités : apprendre et jouer.

Si nous portons notre attention sur le règne animal cela devient évident. Le jeune chat joue, le jeune lionceau joue… et cela fait partie de leur apprentissage, de leur éducation. Les jeunes mammifères jouent pour apprendre et, bien souvent, pour un apprentissage vital qui est celui de la chasse. Il peut donc être parfaitement naturel d’apprendre en jouant, ce qui le serait moins serait de jouer uniquement pour se divertir.

Chez le jeune enfant il en est de même, et c’est par le jeu que l’apprentissage de la motricité, du langage, de l’interaction se fait en premier lieu. Parler de jeu sérieux serait donc un parfait pléonasme, au même titre qu’imaginer des formations ennuyeuses serait un parfait contresens ! La ludification est bien la première modalité d’apprentissage chez l’être humain. Il serait donc tout à fait pertinent de faire entrer la gamification dans nos parcours de formation.

A l’heure du digital learning quelles formes principales prend cette utilisation du jeu à des fins d’apprentissage ?

Aujourd’hui, la plupart des plateformes LMS proposent la mise en œuvre de systèmes de gratification à intégrer dans les parcours de formation. Ainsi l’apprenant, en fonction de son avancement et/ou des scores obtenus aux tests intégrés au parcours, reçoit un badge, une récompense pour les efforts fournis. Il semble un peu abusif de parler de gamification en la matière. Pour l’âne, la pratique de la carotte et du bâton n’a jamais eu le moindre rapport avec le plaisir de jouer…

Si l’on va plus loin, on trouve des fonctionnalités un peu plus avancées sous la forme de « battle » : je peux à tout moment défier un adversaire, en l’occurrence un autre apprenant, et sur la base d’un ensemble de quiz tenter de l’emporter. Là encore, je doute que la bataille soit le jeu que nous ayons le plus retenu en matière de plaisir de notre enfance. Il s’agit là bien davantage d’outils pour agrémenter un parcours que de véritables leviers susceptibles de magnifier l’apprentissage et d’augmenter l’engagement.L’impact de la ludification est encore minime dans ce contexte.

Il semble bien qu’il faille pousser un peu la réflexion

Reprenons l’usage fait du jeu chez le jeune enfant ou le jeune animal. Quelle est son utilité, sa caractéristique ? Il offre une expérience unique et complète : il permet une interaction complexe (on joue avec un autre), il permet de tester ses connaissances sans risque, il offre en permanence des situations nouvelles et il amène du plaisir (plaisir de la découverte, de l’affrontement, de la victoire, de la collaboration…).

Le jeu obéit donc bien aux différents éléments requis pour un apprentissage efficace, comme les a catégorisés Stanislas Dehaene :

  • la captation de l’attention,
  • la mémorisation d’un nombre réduit d’apprentissages,
  • le fait de tester immédiatement si l’on a bien compris,
  • et une mise en pratique complète pour une mémorisation de long terme.

La ludification du parcours de formation est donc, en apparence, la modalité d’apprentissage idéale.

Si le jeu, la gamification, est un outil intéressant pour le digital learning c’est donc sous des modalités autrement plus complexes que la simple attribution, vite répétitive, de badges ou l’affrontement à coup de quiz.

Faut-il en conclure que la gamification est un graal inaccessible ?

Non, il faut juste être lucide et s’attacher à ce qui est intéressant pour l’apprenant et non seulement cosmétique. Le jeu est plus pauvre s’il est contre un algorithme mais il demeure intéressant. Il n’est pas besoin d’aller jusqu’au développement de serious game coûteux et sophistiqués pour introduire une dimension de gamification dans sa formation digitale. De simples petits jeux bien scénarisés peuvent permettre d’offrir une expérience d’apprentissage plaisante et instructive.

Ainsi, par exemple, on peut proposer à un nouvel arrivant dans l’entreprise, de poursuivre son parcours de digital learning en allant chercher des informations dans le monde réel pour répondre à des questions du parcours (jeu en réalité alternée). Ou encore, on peut proposer dans un parcours de gestion des risques un jeu des 7 erreurs.
Les exemples de ludification sont nombreux. On cherchera simplement, à chaque fois, non pas à faire du ludique pour du ludique mais à imaginer un jeu qui permet de tester, de mettre en pratique, d’interagir, tout en s’amusant.

À propos de l'auteur

Loïc Le Gac

Learning Experience Designer

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