publications scientifiques et mooc, quelles leçons en tirer

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Publié le , mis à jour le par Loïc Le Gac

Quelles leçons tirer des publications scientifiques sur les MOOCs ?

Que l’on soit un universitaire, un responsable de FOAD, un digital learning manager, un responsable de formation ou encore une agence de digital learning comme Thinkovery, l’envie de disposer de bases solides de références sur comment construire un parcours de formation efficace est une envie partagée. Mais ce graal existe-t-il ? Existe-il des règles « démontrées » sur ce qu’est un bon MOOC, un bon SPOC, un bon parcours de digital learning ? On pourrait le croire. En effet le digital learning permet d’avoir, de par le caractère massif des cours, des échantillons importants et de disposer des données collectées par les plateformes pour des études quantitatives.

 

    SOMMAIRE :

  1. Les MOOCs : un “objet” difficile à définir et à étudier scientifiquement
  2. Difficile de comparer deux MOOCs qui ne traitent pas le même sujet
  3. Des échantillons de taille réduite
  4. Attention à ne pas basculer vers les généralités et les conclusions erronées
  5. Une étude de cas, plutôt qu’une étude scientifique
  6. En résumé, les leçons à tirer des publications scientifiques sur les MOOCs
  7. Et demain ? Quelles études scientifiques mettre en place ?

 
Le premier réflexe rationnel est, de manière naturelle, de se tourner vers les publications scientifiques en la matière. Ces dernières années elles ont été plutôt nombreuses à tenter d’apporter des pierres dans le jardin des MOOCs. Qu’est-ce qui favorise l’engagement, la réussite des apprenants face à ces parcours en ligne ? Nous avons tenté de réaliser pour vous une revue de la littérature scientifique en quête de préceptes éventuels à appliquer pour réaliser des parcours efficaces. Il s’avère que l’exercice est difficile et délicat. Tout chercheur qui tente d’apporter des réponses se retrouve en effet en face d’une véritable pelote de laine.

Les MOOCs : un “objet” difficile à définir et à étudier scientifiquement

Première difficulté : de quoi parle-t-on ?

Derrière les termes de MOOC, de COOC, de SPOC d’e-learning, se cachent des pratiques extrêmement hétérogènes:

  • Certains parcours vont être pensés et produits à destination d’étudiants pour être visionnés lors de sessions à date, d’autres pour être disponibles de manière plus permanente.
  • Certains vont prévoir des zones d’interaction en « live » via des webinaires.
  • D’autres parcours vont être élaborés dans la perspective d’un blended-learning, c’est à dire une alternance de formations classiques en salle et de cours en ligne.

Il en est de même du contenu détaillé de chaque parcours :

  • utilisation ou non de la vidéo, durée des vidéos,
  • moyens de production,
  • soin de la forme,
  • interactivité…

On parle bien d’un « objet », comme on dit en science, extrêmement difficile à attraper dans une définition qui fasse consensus et qui recouvre une réalité commune.

Difficile de faire un travail de recherche sur un objet d’étude compliqué à cerner et cela vient de fait relativiser les conclusions que l’on peut tirer de chaque étude. Il n’en ressort pas des conclusions du type « dans un MOOC si l’on fait cela ça marche », mais plutôt « dans les MOOC étudiés dans l’article tel procédé marche et ce n’est pas sûr que ce soit applicable à mon cas à moi ».

Difficile de comparer deux MOOCs qui ne traitent pas le même sujet

Même si l’on décide de mettre de côté ce premier problème on se heurte immédiatement à un deuxième obstacle de taille. Certes, le nombre de MOOCs et le nombre de participants devrait permettre de tirer des conclusions. Mais ce n’est qu’une apparence. En effet peut-on réellement considérer que ce qui s’applique à un cours sur la poésie victorienne s’applique à un cours de programmation ou une formation de marketing ?
Or si l’on décide d’isoler un sujet en particulier pour avancer l’échantillon devient extrêmement réduit. Il n’y a bien souvent, sur un sujet donné qu’un seul MOOC. Délicat de généraliser dans cette situation. On n’est plus dans l’étude scientifique mais dans le partage et l’analyse d’expériences de formation.

comparaison de mooc difficile

Des échantillons de taille réduite

Là encore décidons d’écarter nos scrupules et poursuivons notre quête. Un troisième obstacle surgit irrémédiablement : la taille de l’échantillon. Limité à un parcours, les chercheurs se retrouvent avec un nombre de participants à l’étude restreint et il devient totalement artificiel d’en tirer des conclusions sauf à tomber dans un piège classique : « dans ma famille il y a plein de garçons et peu de filles, donc soit il y a plus de garçons dans la population, soit le fait d’avoir des garçons est héréditaire » (conclusions totalement erronées, bien entendu).

On retrouve la même difficulté lorsque l’on analyse les résultats des sites de « ranking » des MOOCs, ces trip-advisor de la formation en ligne, tels que coursetalk.org. Les avis et les commentaires postés sur un cours donné sont bien entendu intéressants, mais il est hasardeux d’en tirer des règles, des vérités. En quoi l’échantillon des apprenants qui postent des commentaires sur un MOOC et lui attribuent une note est-il représentatif de l’ensemble des apprenants ? Statistiquement les sites d’avis recueillent les commentaires des plus motivés : les enthousiastes et les très mécontents…

 

Vous avez un projet de digitalisation de formation ?

Attention à ne pas basculer vers les généralités et les conclusions erronées

On pourrait nous opposer que ce sont là un ensemble de scrupules un peu artificiels. Mais il s’agit en fait des questions de base que doit se poser toute étude scientifique. Tous ces biais remettent en cause les résultats obtenus d’une étude. Les sciences sociales et la recherche scientifique ont bâti depuis des siècles un attirail méthodologique qui cherche à éviter de poser des conclusions erronées et l’étude de la formation et de l’éducation ne saurait s’en abstraire.

Faut-il pour autant jeter à la poubelle l’ensemble des publications dans le domaine de la formation et des MOOCs ? Il faut simplement déjà les prendre avec prudence et en regarder les conditions de réalisation avec un bon esprit critique avant d’en tirer des lois générales du type « une bonne vidéo pédagogique doit être réalisée comme ceci », « un bon parcours doit être comme cela ». Il est plus sage de regarder ces analyses comme ce qu’elles sont : des recueils d’expérience, de bonnes pratiques et des exemples de réalisations.

Une étude de cas, plutôt qu’une étude scientifique

Le domaine de la formation et de l’éducation n’est pas une science mais bien une pratique humaine, une des plus nobles d’ailleurs. Nous en sommes réduits à tester des manières de faire, au cas par cas, sans règles ni préceptes scientifiques sur lesquels nous appuyer.
Nous disposons par contre, grâce aux formations en ligne, de nombreux exemples de pratiques dont nous pouvons nous inspirer en nous posant, en permanence la question : est-ce que cela s’applique à mon projet de formation ? En quoi puis-je l’améliorer ?

Les neurosciences peuvent nous donner quelques références solides. Elles nous apportent de plus en plus d’éléments sur le fonctionnement du cerveau en situation d’apprentissage et nous permettent de commencer à savoir ce qui est en jeu dans la relation d’un individu face à la question d’apprendre. Elles ne nous disent rien sur ce qui se passe quand un groupe est en train d’apprendre, sur ce qui est en jeu dans le cadre d’une formation professionnelle : les facteurs dépassent en la matière le fonctionnement des neurones et mettent en jeu la complexité des rapports sociaux et de la psychologie comportementale.

En résumé, les leçons à tirer des publications scientifiques sur les MOOCs

Voici donc, quelques éléments de pratique qui ressortent des différentes études faites sur les MOOCs. Ils offrent des sources d’inspiration :

  • La construction d’un parcours autour d’un problème à résoudre a fait ses preuves dans plusieurs MOOCs comme étant un grand facteur d’engagement des apprenants;
  • La limitation de la taille des vidéos permettrait un meilleur engagement, notamment lorsque l’on est dans un cadre non obligatoire et non universitaire;
  • Permettre par des activités à l’apprenant de vérifier sa bonne compréhension juste après le visionnage d’une vidéo ou la lecture d’un article améliore la qualité de la mémorisation et la compréhension;
  • La qualité formelle d’une vidéo (qualité du son, de l’image, enthousiasme de l’enseignement) augmente l’engagement de l’apprenant.

C’est maigre me direz-vous. Mais on est bien loin dans la majeure partie des cours en ligne de l’application de ces quelques prétextes et ils offrent des pistes nombreuses pour imaginer des parcours avec des outils numériques actuels.

Et demain ? Quelles études scientifiques mettre en place ?

On peut espérer, pour l’avenir, que des études scientifiques seront mises en places sur des échantillons suffisants pour comparer différentes modalités sur un même sujet. Par exemple réaliser un même parcours sur un même sujet en variant les modalités pédagogiques et ainsi mesurer l’engagement des apprenants, leurs progrès. Là encore ce ne sera qu’un résultat critiquable et limité car les apprenants ne sont pas des animaux de laboratoire. Mais cela fournirait des points de réflexion nouveaux à notre pratique de fabricants de formation et de parcours de digital learning.

 

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